mardi 25 mai 2010

Actualité de la subversion soviétique

Comme je l'ai annoncé sur le groupe et la page Facebook de Criticus, j'ai réalisé la « playlist » ci-dessous à partir de vidéos trouvées chez Franck Boizard. Il s'agit d'une conférence donnée en 1983 à Los Angeles par Yuri Bezmenov, alias Tomas Schuman, un ancien propagandiste du KGB en Inde passé à l'Ouest dans les années 1970.Il y explique le processus de subversion mené par l'URSS durant la Guerre froide pour démoraliser, puis déstabiliser les Occidentaux.



On apprend d'abord que 10 à 15 % seulement des activités du KGB correspondaient à des activités d'espionnage proprement dit. Le reste, la grande majorité donc, concernait la propagande soviétique destinée à subvertir les démocraties libérales occidentales.

Dans le cadre de la Guerre froide, le Bloc soviétique, pour Bezmenov, n'était pas assez fort pour attaquer de manière frontale le camp occidental. Appliquant les principes de plusieurs arts martiaux, il s'agissait ainsi pour le KGB d'accompagner les démocraties dans leur mouvement, en encourageant les individus ou les groupes capables de subvertir la société. La première tâche du KGB consistait donc à cibler, dans chaque pays, les personnes capables d'influencer la société dans un sens défavorable.

On pense par exemple à Catherine Ashton, aujourd'hui Haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité‎, et qui était trésorière dans les années 1970 du Mouvement pour le désarmement nucléaire, financé par l'URSS, qui voyait là le moyen d'affaiblir militairement le Bloc de l'Ouest.

Cette première phase d'instrumentalisation de personnalités influentes est la phase de la démoralisation. Durant selon Bezmenov de 15 à 20 ans, c'est-à-dire le temps nécessaire à l'endoctrinement d'une génération, elle vise à faire douter l'adversaire du bien-fondé de ses valeurs, et donc de la nécessité qu'il y aurait à les défendre.

Qui, lisant ces lignes, ne pensera pas à l'un ou même à plusieurs de ses professeurs d'histoire du secondaire, présentant systématiquement l'histoire de l'Occident de manière négative, qu'il s'agisse de l'esclavage, de la colonisation, de la Shoah ?

Une fois la population de l'adversaire démoralisée, Bezmenov affirme que le processus de subversion passe à la déstabilisation, qui doit durer entre 2 et 5 ans.

L'URSS est disparue avant que cette phase n'arrive à son terme. Néanmoins, comment ne pas penser à Action Directe en France, aux Brigate Rosse en Italie, ou à la Rotte Armee Fraktion en Allemagne de l'Ouest comme signes manifestes de cette tentative de déstabilisation ?

La suite logique de cette déstabilisation est la crise. Durant de deux à six mois, elle voit le pouvoir légitime vaciller, et devenir vulnérable aux groupes d'individus capables d'imposer un gouvernement insurrectionnel de type marxiste.

Alors qu'aux stades précédents du processus de subversion, la réponse était surtout culturelle (répondre au dénigrement de l'Occident par une réaffirmation de son identité et de ses valeurs), elle devient militaire au stade de la crise. C'est ce qui s'est produit au Chili, et de manière heureuse, en 1973 : un coup d'État militaire rétablissant d'abord l'ordre, puis, de manière graduelle, les libertés publiques.

Si, toutefois, la phase de crise s'est déroulée dans un sens favorable aux menées soviétiques, on passe alors à la phase terminale, celle de la « normalisation ».

Il s'agit de la mise en place d'une « démocratie populaire », imposée par les armes.

Bezmenov évoque le cas de l'intervention américaine à Grenade, la même année que la conférence, pour éviter que cette île caribéenne ne tombe dans l'escarcelle soviétique.

L'ironie, à ce stade, est que les « idiots utiles », ceux qui ont activement participé à la démoralisation et la déstabilisation de la démocratie libérale, sont les premiers exécutés. Dressés à la rébellion, ils deviennent en effet dangereux pour le nouveau pouvoir. Les marins anarchistes de Cronstadt en ont fait la cruelle expérience en 1921.

On songe alors : pourquoi ne pas alerter, en amont, ces « idiots utiles » du péril qui les guette ? Réponse de Bezmenov : c'est inutile, car le réel est impuissant contre l'idéologie. Même en fournissant des exemples de ce qui attend les « idiots utiles » du communisme, ces derniers sont incapables de voir, donc d'accepter la réalité.

Bezmenov va même plus loin. Dans la septième vidéo, il se saisit d'une craie pour écrire au tableau : 2 x 2 = 4. C'est assurément vrai, mais personne ne mourra jamais pour défendre cette vérité. Seule une religion ou, dans le cas du communisme, un millénarisme de substitution, peut conduire des hommes à se sacrifier pour elle.

Ainsi est résumée l'aporie du scientisme occidental, incapable de maintenir chez les individus l'instinct de survie nécessaire à la perpétuation de la civilisation.

Ainsi, également, apparaît la brûlante actualité de cette conférence. Comme l'a noté Franck Boizard, les islamistes récoltent aujourd'hui les fruits de la subversion des sociétés occidentales opérée par les communistes.

D'abord parce que les « idiots utiles » de l'islamisation, dont beaucoup sont de gauche ou d'extrême-gauche, sont incapables de voir la réalité du danger islamique.

Ensuite parce que, dans l'essentiel de la population occidentale, a été brisé le ressort de la religion, qui aurait pu immuniser les individus contre ce fléau. À l'inverse, les islamistes, parce qu'ils croient en une transcendance, progressent.

Ne croyant pas que le peuple d'Israël soit le « peuple élu », ni même que l'un de ses ressortissants ait pu être le fils de Dieu, je ne peux qu'être embarrassé par cette observation. Néanmoins, je sais, pour l'avoir déjà écrit, que seul le Christ, ou tout du moins la foi en Lui, sauvera l'Occident de la barbarie islamique. Alors, bien qu'oscillant depuis toujours entre l'agnosticisme et le déisme, je me suis résolu à attendre la Grâce. 

(Edit du dimanche 3 mars 2013 : durant ces presque trois années d'absence, j'ai attendu la Grâce, je l'ai cherchée du côté du catholicisme... et je ne l'ai pas trouvée. Si je suis encore davantage convaincu qu'il faut une résurgence de la spiritualité, je ne la trouve pas dans les églises, ni chez ceux qui s'y rendent le dimanche, ni chez ceux qui y officient. Je ne les en blâme pas. On ne doit pas exiger des autres ce qu'on ne peut pas leur apporter. La quête de la spiritualité doit donc continuer... en dehors de l'Église).

Roman Bernard

vendredi 21 mai 2010

L'esprit de l'Europe est mort

Je republie ci-dessous le commentaire de Flore en réaction à l'article de Loïck intitulé « Les Nouveaux Catholiques » :

J'ai dit que l'Europe était morte, il faut que je m'en explique.


J'entendais que son esprit est mort. Le sens passionné de la vérité, que l'Europe a porté aux nues jusqu'à en faire une civilisation, est mort. La pensée est morte. Du moins elle est bien rare. Le sens de la vérité s'est dévoyé en relativisme radical (notez l'aporie : le relativisme comme certitude), lequel a bien peu à voir avec cet autre relativisme, qui, bien compris, était le moteur de notre civilisation (lire Rémi Brague : Europe: la voie romaine. L'auteur montre que si l'on définit fréquemment l'identité de l'Europe par les sources grecque, judéo-chrétienne, romaine qui l'ont nourrie, on devrait néanmoins davantage insister sur l'influence de cette dernière. Et ce, moins par le contenu de ce qu'elle a transmis à l'Europe que par une attitude, une capacité et une conscience à s'approprier, sans l'assimiler, l'étranger, attitude que Brague traduit par le concept de « secondarité culturelle » : comme il l'écrit si bien, la culture n'est pas « le poids de l'appartenance » mais le résultat d'un effort, « une fin conquise de haute lutte » - la cultura animi des latins, celle de Cicéron (1). Elle est (ou devrait être) toujours devant nous. Pas en nous.).

L'hitlérisme et le stalinisme ne sont pas des accidents, au cours de la longue histoire de l'Europe, comme vous semblez les considérer.

L'hitlérisme et le stalinisme (ou, pour parler dans les termes de l'époque, les deux socialismes, le national et l'international), ces idéologies abominables, me semblent des symptômes de notre déliquescence, des conséquences de l'appauvrissement de notre capacité à penser, de notre refus de Dieu (notre « tentation prométhéenne », comme diront d'autres).

Vous me rétorquerez peut-être que toute idéologie est faite de certitudes ; lors, que vous ne voyez pas bien le rapport de cause à effet entre le relativisme radical et l'idéologie. Mais l'idéologie (concept récent, sans doute) est le produit nécessaire du scepticisme de l'époque moderne (2).

Pour le dire autrement : on peut distinguer le nihilisme actif qu'étaient ces idéologies, du nihilisme passif dans lequel nous vivons. Et lorsqu'on cherche à sortir de ce nihilisme second, c'est presque immanquablement pour retomber dans le nihilisme actif. J'en veux pour preuve qu'à la justice nous préférons l'« engagement »; qu'à la vérité nous préférons la « cause »; qu'en place de principes nous parlons de « valeurs » ; que nous ne sommes plus des penseurs, mais au mieux (au pire donc) des « intellectuels » (3).

Ainsi, s'il n'est désormais de vérité qu'humaine (postulat des sceptiques), alors il n'est plus de vérité. Car rien de supérieur, de transcendant, ne vient instituer et enraciner notre présence au monde. Hommes auto-divinisés, auto-sacralisés, nous sommes juge et partie. Nous n'avons plus de critère pour discriminer le vrai du faux (sinon celui du vérifiable). Dans ce monde d'opinions (hors la sphère scientifique qui procède par vérifications), nous sommes condamnés à affirmer. C'est à celui qui affirmera avec le plus de vigueur, avec la voix la plus forte. C'est à celui qui gueulera le plus fort, avec ses tripes ou autre chose, si ça lui chante et s'il en est pourvu. Cela nous rassure, cela nous donne l'illusion de combler ce grand vide d'un monde qui n'est plus Création, l'œuvre d'un Dieu qui nous a fait à son image (avec les devoirs que suppose cette modalité de notre être). Cela donne l'illusion de maîtriser quelque chose, à défaut de se maîtriser soi (la maîtrise de soi, « un homme, ça se contient » (4), c'est ce qui fait l'humanité de ces étranges animaux que nous sommes). La pensée, par nature, s'oppose à l'amour de soi (lequel n'est qu'instinct de persévérer dans son être, notre part d'animalité). Comme l'amour de soi (la sacralisation de l'homme) est le moteur de l'homme moderne, on peut dire qu'il n'est plus de pensée (et que nous ne faisons pas souvent l'homme de nos jours). Voilà, je ne vois pas bien comment nous pourrions inverser la tendance. Et c'est pourquoi j'affirmais (précisément, puisqu'on ne peut rien faire d'autre (5)), que l'Europe est morte. Elle est morte-vivante en tout cas. Elle ne subsiste que dans son nihilisme. Nous sommes les enfants de Dangeau, pour ceux qui connaissent cette admirable satire de Boileau. Mais nous ne le savons plus car l'idée même d'héritage nous répugne. Notre amour de nous-mêmes nous conduit à refuser d'être redevable de quoi que ce soit à de quelconques ancêtres, à un quelconque passé. D'où notre lâcheté (d'aucuns diront, de manière, à mon sens, restrictive, notre dhimmitude) actuelle.


  1. Sur ce point, lire aussi La crise de la culture, d'Hannah Arendt.
  2. Je ne me sens pas la capacité intellectuelle de retracer ici (ni ailleurs) une généalogie du scepticisme de l'époque moderne. Il se développe à la Renaissance (voir Pic de la Mirandole), il existe dans le nominalisme (Occam), voire il remonte peut-être à l'idéalisme platonicien.
  3. Nous ne sommes plus, en tant qu'hommes, des penseurs. Et nous nous déchargeons de cette faculté commune sur des professionnels, les « intellectuels ».
  4. « Un homme, ça se contient » ou « ça se retient », disait le maître d'école de Camus.
  5. Fatalement, si j'ose dire, puisque mes tentatives de penser se réduiront à n'être plus que l'expression d'une opinion face à de multiples autres, toutes égales.

mardi 18 mai 2010

Comment je suis devenu hippophage

Hippophagie : emploi de la viande de cheval dans l'alimentation humaine.

(Wiktionnaire)


Mes lecteurs se rappellent que, contrairement à Éric Timmermans qui proposait de boycotter la chaîne de fast-food Quick, dont huit restaurants sont passés au « halal », je suggérais au contraire de soutenir ses burgers à base de porc (ex : Quick'n Toast).

J'avais appelé cette politique la « Reconquicksta » : convaincre les dirigeants de Quick, en bouffant du porc, qu'ils n'ont aucun intérêt commercial à chausser des babouches.

Mais tout croisé ayant ses accès de faiblesse (certains ont bien failli piller Venise, avant d'aller mettre Constantinople à sac), j'ai fini par me lasser de cette stratégie.

D'ailleurs, je ne crois pas l'avoir commencée, n'allant jamais manger chez Quick.

Bref, j'ai compris, la sédentarisation parisienne et l'embonpoint subséquent aidant, qu'il fallait changer de méthode. Qu'il fallait « essayer autre chose ». J'ai donc décidé de manger autre chose que du porc, quitte à « reconquickster » plus tard.

J'étais en quête d'une idée, quand j'ai reçu le courriel qui suit, et qui a conduit à une correspondance édifiante. Il s'agit, au départ, de la lutte contre l'hippophagie, c'est-à-dire le fait de manger du cheval :

LUTTE CONTRE L'HIPPOPHAGIE

NON ! UN CHEVAL CA NE SE MANGE PAS !

Obtenez un autocollant gratuit en écrivant à :

AEC
Résidence La Pléiade
98, rue de Canteleu
59000 LILLE

Joindre une enveloppe timbrée pour le retour du courrier.


Merci aussi de visiter les sites :

http://aec89.site.voila.fr
http://www.dailymotion.com/apocalipsflo/video/xan6v_hippophagie
http://www.reseaulibre.net/rage/video3.html

REJOIGNEZ LE GROUPE SUR :

http://www.facebook.com:80/group.php?gid=63542203218

Faites passer le message à vos amis.

Amitiés.

AEC.


Curieux, bien qu'assez peu concerné (je ne mange pas de cheval, ni n'en fais), je réponds ceci :

Pourquoi ne pourrait-on pas manger du cheval ?

(Je précise que je n'en mange pas.)

J'attends des arguments, pas des sentiments.


La suite est à lire ci-dessous (attention, c'est du lourd, comme on dit) :

Mon correspondant : Le cheval, comme le chien et le chat est un animal de compagnie. On ne mange pas les animaux de compagnie. Comme on ne mange pas les chiens, ni les chats, il est très facile de comprendre que le cheval ne se mange pas.

Moi : Vous ne prouvez nullement en quoi l'on ne devrait pas avoir le droit de manger son chien ou son chat, ce qui se fait dans le sud de la Chine. Encore une fois : je ne mange pas de cheval, mais je ne vois aucune raison valable d'interdire aux autres de le faire. Pourquoi ne feriez-vous pas comme moi : laisser chacun bouffer ce qu'il veut, sans emmerder le monde ?

Mon correspondant : Non. Ce que font les sauvages chinois [sic] est ignoble et ce n'est sûrement pas un exemple à suivre.

Moi : En quoi est-ce ignoble ? C'est là que votre argumentation pèche cruellement...

Mon correspondant : Si vous n'avez aucun sens de la Civilisation, du Respect, du Comportement Ethique que l'Humain à [sic] le Devoir de prodiguer envers l'Environnement et les Animaux qui l'entourent, alors on ne peut rien faire pour vous. Faut dire que dans les contextes d'Immoralité et d'Inhumanité dans lesquels nous vivont [sic] actuellement, cela ne nous étonne guère......

Moi : Épargnez-moi vos sensibleries majusculées, je vous prie.

Vous n'avez toujours pas dit pourquoi manger du bœuf serait acceptable, et pas du cheval.

À moins que vous ne prôniez le végétarianisme ? Ça aurait au moins le mérite d'être cohérent, à défaut d'être convaincant.

Mon correspondant : Oui, effectivment [sic], le Végétarisme est absolument l'Avenir de l'Humanité. En attendant commençons déjà par respecter les Animaux de Compagnie.

Moi : Bon, prochain resto que je me fais, je choisis un endroit où je peux me taper un bon tartare de canasson, moi. Ça me permettra de fêter dignement le Galop 2 que j'ai obtenu à 12 ans.


Roman Bernard

lundi 3 mai 2010

Égypte : le Noël sanglant des coptes

1. La tuerie du 6 janvier

Le mercredi 6 janvier, jour de Noël pour les huit millions de coptes d’Égypte (10 % de la population égyptienne), comme pour la plupart des chrétiens orientaux, fut une journée sanglante, une journée de massacre. À la sortie de la messe de minuit, trois individus qui circulaient dans une voiture ont fait feu sur les fidèles qui sortaient de la principale église de Nagaa Hammadi, une ville de Haute-Égypte (province de Qena) située à une soixantaine de kilomètres de Louxor. Les agresseurs ont également fait feu sur un couvent et sur les bâtiments de l’évêché. Six chrétiens ont été tués, de même qu’un policier. On a dénombré, en outre, neuf blessés. Le lendemain, devant l’hôpital où avaient été déposés les corps des victimes, de violents affrontements ont opposé 2000 manifestants coptes à la police.


2. Un prétexte cousu de fil blanc

Le prétexte –apparemment cousu de fil blanc- invoqué pour expliquer cette tuerie se rapporte semble-t-il à des accusations de viol qui aurait été commis, en novembre 2009, sur une jeune musulmane de douze ans par un chrétien habitant près de Nagaa Hammadi. Le violeur présumé est actuellement en détention, dans l’attente d’un procès. Ces accusations, fondées ou non, avaient provoqué la colère des musulmans, et la ville avait connu cinq jours d’émeute au cours desquels des maisons, des magasins et des pharmacies appartenant à des coptes avaient été attaqués et incendiés. Par la suite, des menaces avaient été proférées contre la communauté copte dans les jours précédant la fête de Noël, ce qui avait poussé l’évêque copte de cette localité, Mgr Kirillos, à faire appel à des renforts de police qui, en définitive, se sont montrés bien peu efficaces. Mgr Kirillos n’a-t-il d’ailleurs pas eu à déplorer que la police n’ait pas agi préventivement pour neutraliser le principal agresseur, un certain Mohammed Ahmed Hussein, dont il a assuré, en outre, qu’il était connu des services de police mais qu’il bénéficiait de protections politiques ?


3. Les coptes d’Égypte : une minorité discriminée

La minorité copte d’Égypte a appris de longue date à ne pas se fier à la justice et à la police de l’Égypte musulmane. Ainsi fait-elle « grief à la justice de toutes les discriminations subies » (H. Tincq) et souligne-t-elle que « les précédentes agressions visant des chrétiens sont restées impunies ou [que] les agresseurs s’en sont sortis avec des peines légères » (H. Tincq). Après la tuerie de Nagaa Hammadi, Athanasios Henein, un prêtre desservant la communauté copte de Grèce, avait ainsi déclaré, lors d’une conférence à Vienne : « Nous nous sommes presque habitués à voir nos églises brûler, nos femmes être kidnappées et forcées à se convertir à l’islam, nos possessions être confisquées et les jeunes générations de coptes n’avoir pas les mêmes chances de formation ». Et de comparer dans la foulée la situation des coptes en Égypte à un « génocide culturel ». En effet, la communauté copte, essentiellement concentrée en Haute-Égypte (Minya, Assiout, Qena, Louxor), fait l’objet de discriminations et de vexations constantes de la part des autorités égyptiennes, notamment dans le cadre de l’accession à l’Université ou à des emplois publics. En outre, toute construction d’une nouvelle église se trouve, de fait, interdite. En 2005, un embryon de débat concernant la création d’un parti copte a tourné court, la loi égyptienne interdisant la création de partis à connotation religieuse…mesure qui avait initialement pour but d’endiguer la montée en puissance des Frères musulmans. Marginalisés sur le plan politique (lors des dernières élections législatives de 2005, seuls deux coptes figuraient sur la liste des 444 candidats du Parti national démocratique (PND) du président égyptien Hosni Moubarak), les coptes s’inquiètent légitimement de l’islamisation visible de la société égyptienne.

Éric Timmermans


Sources :

samedi 1 mai 2010

Quick halal : la laïcité a bel et bien son mot à dire

En complément à l'article d'Éric Timmermans, voici mon enquête :

La chaîne de fast-food Quick a imposé dans plusieurs de ses enseignes de la viande halal pour satisfaire sa clientèle musulmane, nombreuse dans les zones des restaurants concernés. Une affaire privée, qui ne regarde en rien les défenseurs de la laïcité ? Non.


La laïcité au secours du hamburger ? L’idée aurait pu paraître incongrue il n’y a pas si longtemps, si Quick n’avait pas décidé d’imposer de la viande halal dans certains de ses établissements. Désormais, dans huit Quick de France (Toulouse, Argenteuil, Garges-lès-Gonesse, Buchelay, Villeurbanne , deux à Marseille, et Roubaix), les clients, musulmans ou non, se voient servir de la viande halal de bœuf, ou de dinde en remplacement du porc dans deux des hamburgers (Quick’n Toast et Long Bacon). Pourquoi ne pas avoir proposé des deux, afin que chacun puisse trouver son plaisir ? Réponse: pour que la viande soit certifiée halal, il faut qu’elle ne soit pas à proximité de viande normale, qui pourrait « contaminer » la viande halal proposée.


Fait paradoxal, les restaurants n’ont pas banni la bière de leurs menus. Il faut dire que l’halalisation des restaurants en question est présentée par Quick comme un simple « test ».


Quick, entreprise « belge » propriété de l’État… français

A priori, rien de scandaleux à ce qu’une entreprise privée s’adapte aux demandes de sa clientèle. C’est l’argument de ceux, qu’on ne pouvait suspecter de tant de zèle capitaliste, qui pensent qu’il n’y a pas matière à polémique. Sauf que… Quick n’est pas une entreprise privée. Son capital est détenu à 94 % par la Caisse des dépôts et consignations, le bras financier de l’État français. Le fast-food « belge » est donc une entreprise publique française !


Naturellement, l’État ne contrôle pas Quick au sens où il contrôlait Renault lorsqu’il en était l’actionnaire principal. Le contrôle est ici indirect, par le biais de Qualium Investissement, filiale de la Caisse des dépôts et consignations. N’y a-t-il pas là toutefois mélange des genres ?


Après l’octroi, par les communes, de terrains publics pour la construction de mosquées, à des prix défiant toute concurrence, la puissance publique ne sort-elle pas de son rôle, et n’y a-t-il pas une atteinte, même indirecte, à la séparation des églises et de l’État (cf. loi de 1905) ?


Un financement indirect du culte musulman

Et quand l’on sait que les organismes de certification halal font payer leur contrôle aux abattoirs, avant de reverser leur recette à des organisations cultuelles, on comprend donc qu’indirectement, Quick finance le culte musulman en vendant de la viande halal à ses clients.


Selon la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, les associations islamiques « perçoivent une redevance au kilo de produit certifié halal... et collectent ainsi des fonds pour un montant non négligeable », avec un surcoût au kilo estimé entre 3 et 15 centimes d'euro, comme le rapportaient Les Échos. Certes, sur un menu, la différence sera minime, mais sur l’ensemble du marché halal, la manne pour les organisations islamiques est énorme : jusqu’à 45 millions d’euros, pour un marché de 300 000 tonnes.


Quick n’est pas le seul concerné : en France, de nombreuses pièces de viande seraient halal sans même que les consommateurs ne le sachent. Avec cette taxe de certification à la clef.


Interrogé par téléphone, le service consommateurs de Quick répond qu’il « ne communiquera pas » sur ce sujet délicat. Le consommateur soucieux de savoir où va son argent appréciera…


Un casher si bien caché

Que faire, alors ? Bouder les hamburgers de Quick, comme le proposent certains internautes ?


Alors même que la plupart des consommateurs achète déjà des barres chocolatées et des produits laitiers casher (qui sont en conformité avec la religion juive) sans même le savoir ?


Nos « cousins » québécois sont allés beaucoup plus loin dans cette voie : désormais, 75 % des produits alimentaires sont casher, sans même que les Québécois en soient vraiment informés.


Pourquoi, demandent donc certains internautes musulmans, le passage au halal de certains Quick choque-t-il, quand l’imposition du casher dans de nombreux produits de consommation courante ne déclenche aucun tollé ? Y aurait-il un traitement de faveur, comme ils le disent ?


Si l’halalisation de certains Quick choque, c’est en raison du fait que Quick est une « enseigne nationale », qui procède ainsi à une séparation des territoires en fonction des communautés qui s’y trouvent. C’est cela qui a fait réagir le maire de Roubaix, c’est cela qui doit faire réagir les défenseurs de la laïcité. Même s’il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que de protester.


Roman Bernard